L’imagination : une nécessité dans le cheminement spirituel de l’enfant ?

Éveiller les enfants à la spiritualité n’est pas une chose aisée. Dans cet exercice délicat, on pourrait penser que seules la prière, la lecture de la bible ou encore la méditation sont les ressources dont nous disposons. En pensant ainsi, nous omettons le fait que l’éveil à la spiritualité nécessite une approche adaptée qui prend en compte sa tranche d’âge, mais aussi son niveau de compréhension, ses préoccupations et sa manière d’appréhender le monde. Un réformateur comme Martin Luther partageait, avec ses mots, cette même conviction :
« Hélas, les prêches publics dans les églises édifient fort peu la jeunesse, les enfants n’y apprennent pas grand-chose et n’en retiennent rien »1.
Le propos du réformateur nous mettent en face d’une réalité : nous devons partir de leurs besoins afin de les accompagner au mieux sur le chemin menant au numineux. Et dans cet exercice, l’imagination peut jouer un rôle essentiel. Dès le plus jeune âge, l’imaginaire permet à l’enfant de se connecter au monde de l’invisible, favorisant ainsi le développement de sa pensée symbolique et spirituelle.


À travers le jeu, ou encore les contes, il explore des concepts abstraits comme la bonté, la justice, le bien et le mal2. Ces notions vont alors alimenter sa vision du monde. D’une certaine manière, la méthode « Godly Play » épouse cette démarche. Son inventeur, le théologien Jérôme Berryman, pouvait écrire la chose suivante : « Dans Godly Play, on n’invite pas les enfants à jouer à n’importe quoi, mais à jouer avec le langage de Dieu et du peuple de Dieu – nos récits bibliques, nos paraboles, nos actes liturgiques et nos silences. Par l’entremise de ce langage puissant, par la quête spirituelle qui commence dans l’émerveillement et grâce à la communauté des joueurs réunis ; nous entendons la plus profonde des invitations : celle de venir jouer avec Dieu ».


Lire et raconter la Bible permet également de stimuler l’imaginaire de l’enfant et participe à la construction de sa spiritualité. Vincent-Paul Toccoli nous rappelle que « avant d’avoir été écrits, ces textes bibliques ont d’abord été dits, parlés ou racontés »3. D’ailleurs, la Bible suit cette logique, puisque comme nous le fait remarquer le théologien Harold Bloom, elle « raconte des histoires »4. Raconter stimule l’imaginaire et en faisant cela, nous permettons aux enfants de disposer d’un espace où ils trouvent une pleine liberté pour s’exprimer, se questionner et se projeter dans une réalité spirituelle.


1 Martin Luther, Propos de table: – préface – traduit de l’allemand (Paris: AUBIER, 1992), p. 161.

2 John et Kim Walton montrent l’importance des récits bibliques pour le cheminement spirituel des enfants. Ils écrivent : « Chacun a une histoire. Notre vie est un recueil d’histoires que nous partageons avec les autres afin qu’ils découvrent qui nous sommes. (…) Dieu, lui aussi, a une histoire par laquelle il se révèle à nous. Elle se trouve dans la Bible. Si nous voulons connaître Dieu pleinement et intimement, nous devons nous immerger dans son histoire. Pour amener d’autres personnes à la connaissance de Dieu, il nous faut leur raconter dès leur enfance cette histoire » Walton et Walton, Enseigner les récits bibliques aux enfants – Walton John H., Walton Kim E, p. 8.

3 Toccoli, La Bible contée, p. 8.

4 Cette citation est tirée du livre de Jean-Pierre Sonnet, Lorsque ton fils te demandera: de génération en
génération, l’histoire biblique à raconter (Namur: Lessius, 2014), p. 23.